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16.02.2007

Rouvres (réédition)

La vie du village
(je reviens un peu en arrière pour vous remettre dans l'ambiance et vous raconter la suite...35 ans apprès).


Le village était vivant et sa vie rythmée par des bruits familiers. Au petit matin c’est le camion du laitier qui brisait le silence de la nuit, suivi de deux ou trois boum ! boum ! Les gros bidons de fer, jetés à terre s’entrechoquaient.

Un coq chantait et ses congénères lui répondaient mêlant leurs cocoricos aux meuglements des vaches partant au pré et à l’aubade matinale des oiseaux marquant leur territoire. Parfois l’écho d’une voix, l’aboiement d’un chien augmentaient l’intensité de ce concert improvisé.


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Le village dans les années 1950 - Cliché M . Aube Rambouillet


Ensuite nous entendions le claquement des sabots d’un cheval et le crépitement des roues cerclées de fer de la charrette qu’il tirait derrière lui. Enfin les premiers grondements du moteur d’un tracteur nous parvenait du haut de la colline.

La cloche de l’église sonnait l’angélus du matin et les bruits de voix des habitants se saluant de loin couvraient peu à peu le chant des oiseaux. Chacun vaquait à ses occupations jusqu'à ce que les klaxons des commerçants ambulants viennent troubler l’atmosphère paisible du village . D’abord les deux bouchers : Jannois dans sa camionnette rouge et blanche et Maillet avec son véhicule citroën gris , puis le familistère dont l’auvent ouvrant sur le côté donnait à son véhicule une allure moderne et parfois le poissonnier avec l’intérieur du camion peint aux couleurs de la mer.

Tous ces bruits rythmaient les saisons : la moisson, les battages en été ; la chasse en automne et les bruits feutrés de l’hiver égaillés par les cris des enfants dans la cour de récréation. Puis peu à peu l’activité reprenait ses droits et les tracteurs effectuaient les labours de printemps.

De tous ces bruits familiers, celui que je préférais était le roulement de tambour du garde champêtre qui annonçait son « AAvisss à la popppulationn ! »

Au premier coup de baguette, je me précipitais dans la rue pour entendre un message que je ne comprenais pas toujours. Les voisins étaient sortis aussi et attendaient que le garde champêtre arrive jusqu'à nous. Ils échangeaient quelques banalités sur le temps ou la santé qui se terminaient toujours par « alors qu’est-ce qu’il va nous dire aujourd’hui ».
Nous écoutions religieusement le message et après quelques commentaires, repartions chacun chez soi, chargés d’une nouvelle à partager. De tout temps la communication dite de bouche à oreille a été la plus efficace malgré quelques déformations des messages.

D’autres lieux incontournables s’animaient naturellement ici et là. L’eau courante n’existait pas encore et ceux qui n’avaient pas la chance de posséder leur puits venaient s’approvisionner en eau potable à la pompe communale. Après trois ou quatre tours de manivelle, une eau fraîche jaillissait de la gueule d’une grosse bête marron aux pattes prisonnières dans le ciment du trottoir et chacun pouvait remplir son broc, son sceau ou son arrosoir. Les trois lavoirs facilitaient la transmission des informations. C’était si efficace que ces échanges du bord de la rivière avaient reçu le surnom poétique de « radio poules d’eau ». Mais surtout il y avait les commerces.

On ne parle jamais assez du rôle social des commerces de proximité.