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15.01.2007

Les liens du coeur ne s'effacent pas

J’ai été la « mamie d’adoption » de Noam et Lia durant deux ans. Elles avaient respectivement 15 jours et dix huit mois lorsque je les ai rencontrées. Avec leur maman israélienne nous nous enrichissions mutuellement de nos différences culturelles. Les enfants grandissaient et prenaient plaisir à venir, à tour de rôle, passer quelques heures à la maison.

Au bout de deux ans la famille décide de s’installer en Israël. Je m’étais appliquée à créer des liens avec les enfants et j’allais devoir les aider à partir loin de moi et de ceux qu’elles aiment, de leurs repères, de leurs habitudes.

Bien sûr je savais qu’elles laisseraient un grand vide dans ma vie mais toute mon énergie était tournée vers ce qu’elles avaient à vivre elles et ce que je pouvais faire pour les aider.

J’ai accepté de « les perdre » pour les entourer de tout l’amour dont j’étais capable dans ce moment difficile.

La veille de leur départ, les parents sont allés dire au revoir à leurs amis et m’ont demandé de garder leurs filles. C’était la dernière fois que nous nous voyions et ce moment était chargé d’émotion. Noam était particulièrement sensible à l’ambiance et commençait à manifester son stress au moment de dormir.

Je l’ai prise dans mes bras et tout en caressant ses cheveux j’ai commencé à leur raconter leur histoire, comment nous nous étions connues, comment nous nous étions aimées et comment nous allions nous quitter sans pour autant rompre ce lien qui deviendra un souvenir alors qu’elles prendront l’avion et s’installeront dans un kibboutz.

Patiemment j’ai raconté et raconté encore cette histoire et enfin j’ai senti Noam se détendre, son corps s’abandonner dans mes bras. Elle lâchait son stress et acceptait l’événement. Les enfants se sont endormies puis j’ai dit au revoir à leurs parents. Le lendemain je les ai croisées sur le chemin du départ. Elles ne m’ont pas embrassée et ne parlaient plus français. Elles avaient accepté la séparation et étaient déjà dans leur nouvelle vie. Nous étions en paix.

Quatre ans plus tard, sans crier gare, toute la famille arrive à la maison. Entre temps un petit frère est né.

Une fraction de seconde pour gérer mon émotion et les enfants sont là. Comme si nous nous étions quittées la veille, elles traversent la pièce et se placent devant l’aquarium. Comment renouer le contact avec ces petites filles qui ne me reconnaissent pas, qui ne se souviennent de rien et qui ne parlent plus français.

Elles ont cinq et sept ans. Je m’approche d’elles et tandis que je parle à Lia, Noam se love dans mes bras comme ce soir de nos adieux. Nous avons échangé toutes les trois un très long câlin silencieux. Sans les mots, nous retrouvions les gestes et les sensations suspendus quatre ans plus tôt.

La mémoire du cœur est indélébile ; leur dire adieu m’avait fait vivre un moment inoubliable et aujourd’hui j’ai compris que ce qui nous unis est indépendant du temps et de l’espace.

Accepter de les « perdre » m’a fait connaître un sentiment que je n’aurai probablement jamais connu si elles étaient restées près de moi.

Commentaires

En son temps j'avais fait un cadeau à un ami qui venait de perdre son frère jumeau,réveillé dans la nuit par un étrange sentiment,cette personne disparue me soufflait un poème que je devais envoyer à son frère,je l'ai fait après avoir longtemps réflechi de l'utilité de cette action,j'en ai été remercié.Ce poème commençait ainsi .j'ai franchi la barrière de l'espace et du temps.COMME QUOI TOUT CE QUI NOUS UNIS DEPASSE LES DIMENSIONS DE L'ESPACE ET DU TEMPS.BISES

Ecrit par : heraime | 15.01.2007

Oh oui, que c'est beau... et nous n'en avons que rarement conscience et puis parfois, un petit rien déchire le voile et nous découvront un monde insoupçonné.
Bises
Anne-Marie

Ecrit par : Anne-Marie | 15.01.2007

Quelle très belle histoire, Anne-Marie, et sans doute une émotion incroyable à revoir celles que tu avais aimées et qui t'avaient aimée.
Merci de nous la faire partager.
Amitiés
Jean-Louis

Ecrit par : jean-louis | 16.01.2007

En effet Jean-Louis, une émotion incroyablement bouleversante...qui transcende le temps et l'espace.
Amicalement

Anne-Marie

Ecrit par : Anne-Marie | 16.01.2007

Belle histoire en vérité parce que aimer c'est d'abord aimer l'autre. Ce que vous faites si bien. Bises de miche

Ecrit par : miche | 19.01.2007